Communiqué de presse : 2017 Prix Princesse Margriet pour la Culture de l'ECF

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Façonner les sociétés par la culture

Lors de la Journée de l’Europe (9 mai), la Fondation Européenne de la Culture remettra à quatre lauréats exceptionnels le Prix Princesse Margriet pour la Culture 2017 : l’écrivaine et journaliste Aslı Erdoğan (Istanbul), l’écrivain et intellectuel Navid Kermani (Cologne), le musicien Luc Mishalle (Bruxelles), et l’artiste visuelle Marina Naprushkina (Berlin).

Ce prix est décerné à des artistes et penseurs instigateurs de changement quant à la façon dont les gens modèlent les sociétés dans lesquelles ils vivent, soulignant la conviction de la Fondation Européenne de la Culture selon laquelle l’engagement artistique et culturel fait partie intégrante du changement politique et social. La cérémonie de remise des prix aura lieu au centre culturel Paradiso, à Amsterdam, le 9 mai 2017 (Journée de l’Europe).

Photos : Aslı Erdoğan (photo via Kara Karga), Navid Kermani (photo par Peter Andreas Hassiepen), Luc Mishalle (photo par Leen Lagrou) et Marina Naprushkina

La démocratie a besoin d’imagination

Le travail de la Fondation Européenne de la Culture (ECF) repose sur des valeurs que nous défendons résolument dans tout notre travail : Démocratie, Diversité, Égalité et Solidarité. Le Prix Princesse Margriet pour la Culture de l’ECF est un prix annuel récompensant les artistes et les penseurs qui enrichissent nos démocraties d’imagination. Les quatre lauréats – qui représentent différentes générations, différentes parties d’Europe et différentes approches culturelles – sont tous des artistes et des penseurs exceptionnels ayant affiché un grand courage en concevant et en remodelant la société du 21ème siècle. En cette période de fragmentation, les lauréats nous montrent comment la culture peut aider à résister aux forces clivantes et à projeter un futur où une Europe plus inclusive devient possible.

Nouvelles formes d’inclusion sociale

Le jury du Prix Princesse Margriet pour la Culture de l’ECF a été unanime dans sa décision d’honorer quatre lauréats cette année.

« Tous les lauréats sont déterminés à chercher une résonance auprès de personnes qui ne sont pas forcément d’accord avec eux – pour remettre en question les présomptions, pour écouter – et ils nous mettent au défi de faire de même, » explique Katherine Watson, Directrice de l’ECF. « Luc Mishalle et Marina Naprushkina sont très impliqués dans leurs communautés locales respectives, où les gens de cultures différentes arrivent à inventer des nouvelles formes d’engagement social. Navid Kermani et Aslı Erdoğan dépassent l’immédiateté de leurs propres réseaux et, grâce à la littérature, au journalisme et aux médias, inspirent un public large et ouvert au travers des frontières, en ouvrant les esprits et les débats. »

Ensemble, ces quatre individus exceptionnels confèrent une richesse incroyable au paysage culturel européen. Ils incarnent des réponses culturelles exemplaires aux urgences d’aujourd’hui et montrent à quel point la culture est essentielle pour créer les sociétés de demain.

Les quatre lauréats du Prix Princesse Margriet pour la Culture 2017 de l’ECF

Aslı Erdoğan, Istanbul (née en 1967)
Romancière, militante féministe et des droits de la personne et essayiste politique, écrivant sur des sujets tels que la violence, la discrimination et les droits humains. Depuis la publication de son premier roman, L’homme écorce en 1994, Aslı Erdoğan a écrit plusieurs romans, des collections de nouvelles et de prose poétique, ainsi que des essais politiques – ses ouvrages sont traduits en français chez Actes Sud). La voix rebelle d’Erdoğan en tant qu’auteure littéraire turque contribue à la vision d’une société du 21ème siècle soudée par les valeurs d’inclusion politique et culturelle. Elle travaille comme journaliste depuis 1998, principalement pour le journal RADİKAL et comme chroniqueuse pour Özgür Gündem [Libre agenda], un quotidien pro-kurde bilingue, pour lequel elle écrivait jusqu’à son arrestation le 16 août 2016. Son arrestation est intervenue dans le sillage de celle de plus de 20 autres journalistes et employés travaillant pour Özgür Gündem, qui a été fermé par un décret émis lors de l’état d’urgence dans le pays à la suite de la tentative de coup d’État du 15 juillet 2016. Elle a été remise en liberté en janvier, mais est dans l’incapacité de quitter la Turquie pendant la poursuite de son procès. 

Navid Kermani, Cologne (né en 1967)
Écrivain, spécialiste de l’Islam, journaliste et l’un des intellectuels les plus éminents d’Allemagne. Au milieu des vues conflictuelles sur la question des réfugiés, Navid Kermani offre une vision pénétrante sur l’acceptation des migrants. Dans son travail, Navid Kermani montre l’imbrication des cultures islamique et européenne. Il établit explicitement des liens entre le monde de la philosophie islamique et européenne comme une analogie pour les façons dont les cultures islamiques et la pensée progressive de l’Europe des Lumières sont intrinsèquement liées. Le thème central de la majeure partie de l’œuvre de Navid Kermani est la relation entre les traditions islamiques, judaïques et chrétiennes, et le fait que les différences censées être idéologiques entre l’Europe (ou l’Occident) et le monde islamique sont globalement fictives. Dans sa fiction, Navid Kermani aborde des sujets existentiels telles que la mort, l’enchantement et l’art. Son dernier roman, Sozusagen Paris, est une histoire d’amour qui prend un tour inattendu. La contribution exceptionnelle de Navid Kermani au débat culturel est de contester une narration de plus en plus extrémiste de discrimination et de racisme, en envoyant au contraire des messages positifs pour contrer la politique de fragmentation et la peur des migrants et des réfugiés. 

Luc Mishalle, Bruxelles (né en 1953)
Saxophoniste, compositeur et conservateur concevant et pilotant des projets musicaux interculturels participatifs qui rassemblent différents groupes de la communauté, Luc Mishalle est le directeur artistique de MET-X, un lieu d’accueil pour musiciens basé à Bruxelles. Avec des musiciens professionnels et amateurs et une petite équipe flexible, il est la force motrice d’un large éventail de projets musicaux et de processus éducatifs qui invitent chaleureusement des musiciens de toutes les générations d’immigrants à participer. Les projets de Luc Mishalle relèvent toujours du renforcement de la communauté, principalement des quartiers de Bruxelles mais aussi d’Europe et d’Afrique du Nord et de l’Ouest. Un artiste armé de dizaines d’années d’expérience, ouvert d’esprit et à la modestie tranquille, Luc Mishalle a la capacité de puiser dans les sentiments d’appartenance et d’inclusion, en façonnant musicalement la nouvelle composition sociale de l’Europe. 

Marina Naprushkina, Berlin (née en 1981)
Artiste installée à Berlin, ses projets multimédias (vidéos, installations et journaux) sont organisés depuis 2007 dans l’imaginaire Office for Anti-Propaganda. Puisant dans l’expérience de sa jeunesse en Biélorussie, Marina Naprushkina examine la structure des systèmes autoritaires et demande quel pourrait être le rôle de la culture critique en vue d’instaurer un changement politique. Question récurrente inondant toute l’œuvre de l’artiste : comment l’art peut-il inspirer une imagination politique et créer une base sociale incluant des personnes au-delà des auditoires publics habitués de l’art contemporain ? Marina Naprushkina a été nominée avec une référence spéciale à son projet Neue Nachbarschaft, une communauté autonome du quartier de Moabit, qui utilise la culture au sens large pour créer un tissu social englobant les frontières culturelles d’une façon participative et non-paternaliste. L’autonomisation est au cœur de la motivation de Neue Nachbarshaft qui illustre remarquablement la façon dont l’art engagé et l’activisme créatif peuvent mettre à jour des mécanismes de contrôle moins visibles auxquels sont confrontés les nouveaux arrivants, remettre en cause les préjugés et définir de nouvelles alliances. C’est ici que les nouveaux et les anciens Berlinois trouvent des modes de collaboration pour vivre ensemble en s’ouvrant au potentiel de l’art afin de contribuer à l’avenir commun de l’Europe. 


Le Prix Princesse Margriet pour la Culture de l’ECF

Le Prix Princesse Margriet pour la Culture de l’ECF a été initié par l’ECF en 2008 en hommage à S.A.R. la princesse Margriet des Pays-Bas, ancienne Présidente de la fondation. Il a été établi à l’origine en partenariat avec le ministère néerlandais de l’Éducation, de la Culture et des Sciences et le ministère néerlandais des Affaires étrangères, qui ont soutenu le Prix de 2008 à 2012.

L’ECF invite les nominations de différentes régions européennes et de diverses disciplines. Chaque personne proposant un candidat est conviée à faire une proposition. Le personnel de l’ECF recherche et assemble les portfolios des candidats sélectionnés, lesquels sont envoyés au jury en amont de leur réunion. Le jury procède à la sélection des lauréats lors d’une réunion de deux jours à Amsterdam.

Le jury 2017

Les cinq membres du jury 2017 sont :

  • Andreas Broeckmann (Conservateur, Leuphana Arts Program, Lüneburg/Berlin)
  • Juan Freire (Partenaire fondateur de XTribe, EduCaaS et inViable, Madrid)
  • Ivan Krastev (Président du Centre for Liberal Strategies, Sofia)
  • Ruth Mackenzie (Directrice artistique du Holland Festival, Amsterdam)
  • Saskia van Stein (Directrice de Bureau Europa, plate-forme pour l’architecture et le design, Maastricht).

À propos de la Fondation Européenne de la Culture (ECF)

L’ECF est un ardent défenseur de la culture en Europe depuis 1954. Nous croyons que la culture est ce qui façonne les manières de vivre ensemble et renforce les liens de la solidarité européenne. Elle peut aider à combler les fossés et à connecter les individus à un niveau fondamental. C’est par conséquent la mission de l’ECF de donner les moyens aux créateurs de culture de s’exprimer sur les enjeux contemporains en Europe, de les relier au-delà des frontières et avec de nouveaux groupes et auditoires, et de les aider à amplifier le message, en vue de créer une Europe plus ouverte et inclusive. En sa qualité de Présidente de l’ECF, S.A.R. la princesse Laurentien des Pays-Bas soutient activement la mission de l’ECF.