L'oeil du Ravi : Apatrides, les oubliés de l’espace public

 Rabiaâ Benlahib. 

Rabiaâ Benlahib. 

La néerlandaise Rabiaâ Benlahib défend une idée humaniste : rendre visibles ces invisibles que sont les apatrides.

Rabiaâ, peux-tu nous préciser ton idée ?

Il existe 600 000 apatrides en Europe et plus de 20 millions dans le monde. Et ces chiffres augmentent tous les jours. Mon idée et de produire de la créativité autour de ces personnes que personne ne daigne voir et les mettre en valeur. Par exemple, on pourrait imaginer un jeu de rôles où les participants se mettraient à la place d’apatrides. Organiser des visites touristiques où le guide, un apatride, donne son ressenti, forcément particulier, sur son environnement. Ou encore de créer des concepts artistiques autour de leur invisibilité.

Pourquoi as-tu décidé de t’investir sur cette question très sérieuse ?

Le statut d’apatride a été créé dans les années 60 par les Nations unies. Depuis, il ne se passe rien. Le HCR (l’agence des Nations unies pour les réfugiés, Ndlr) a annoncé qu’elle voulait abolir le statut d’apatrides en 10 ans. J’aimerais savoir comment ils comptent s’y prendre ! Cette question est d’autant plus intéressante avec la montée des nationalismes en Europe, où les apatrides sont considérés comme des gens qui ont mérité ce qui leur arrive. Et puis, à l’heure où les frontières européennes n’existent plus, aucun pays n’a la même approche sur la question. Une aberration !

Qu’as-tu pensé de Marseille ?

C’est la première fois que j’y viens. C’est très beau, on sent qu’il y a beaucoup d’histoire et de traditions derrière. Hier, on nous a emmenés dans les quartiers nord. J’ai été choqué car c’est une zone vraiment enclavée. Il existe des endroits comme cela aux Pays-Bas mais j’ai l’impression qu’ils sont plus ouverts. La municipalité, les entreprises, les artistes les investissent. Donc j’ai trouvé cela un peu triste mais surtout différent. Je suis très contente d’avoir découvert cela car j’ai pu me questionner encore plus sur la notion d’espace public.

Propos receuillis par Clément Chassot pour le Ravi