L'oeil du Ravi : Entretien avec Olga Alexeeva

« Marseille était l’endroit idéal pour l’Idea Camp »

A quelques heures de la fin de l’Idea Camp marseillais, entretien avec Olga Alexeeva, une des responsables du programme « Idea Camp » à ECF.

Olga Alexeeva at the Idea Camp. ©Cedric Moulard

Olga Alexeeva at the Idea Camp. ©Cedric Moulard

Le Ravi : Comment est née cette manifestation, l’Idea Camp ?

O.A. ECF, la fondation européenne pour la culture, a lancé, il y a plusieurs mois, un appel afin que nous soit proposé toute idée innovante sur le thème : « Comment les citoyens peuvent investir, repenser  et se réapproprier l’espace public ? » Nous avons reçu plus de 800 propositions, de toute l’Europe et même au-delà. Il a fallu n’en retenir qu’une cinquantaine. Et les cinquante porteurs d’idées ont pu, pendant trois jours à Marseille, à la villa Méditerranée, partager, discuter, dialoguer, et bénéficier des conseils de nos partenaires.

Le Ravi : Parmi la cinquantaine de projets retenus, on trouve beaucoup de projet anglo-saxons ou du nord de l’Europe. Quelques-uns d’Espagne, une poignée des pays de l’Est. Et, le seul porteur de projet français est… d’origine italienne. Comment l’expliquez-vous ? Les Français n’auraient-ils aucune idée ? Est-ce que cela tient au processus de maturation des idées, une démarche collaborative avec lesquels les pays anglo-saxons ou d’Europe du Nord seraient plus à l’aise ?

O.A.  Je ne pense pas que cela tient au processus. Cela s’explique peut-être davantage sur le fait que l’appel était en anglais. Nous avons bien entendu souhaité respecter une certaine représentativité de la diversité des propositions que nous avons reçu. Et s’il y a beaucoup de projets anglo-saxons, c’est que nous en avons reçu beaucoup ! A contrario, nous avons reçu peu de projets français. Ensuite, vous vous doutez bien que nous ne sommes pas dans le subjectif. Le choix se fait selon un certain nombre de critères, avec un jury de personnes qualifiées. Et ce, bien évidemment, en lien avec les organisations partenaires comme, par exemple, à Marseille, les Têtes de l’Art.

Le Ravi : Y a-t-il, parmi les critères qui importent, la question de la faisabilité ?

O.A. Oui, cela en fait partie. Nous ne souhaitons pas que les idées soient juste un rêve comme ça. Il faut que cela soit réalisable.

Le Ravi: Cet Idea Camp se déroule à Marseille et la thématique retenue est celle de la place du citoyen dans l’espace public. Et les projets se proposent, en général, de réfléchir à ce comment l’artiste pourrait aider à ce qu’ils réinvestissent ces espace. Quand on voit le peu d’espace public à Marseille, une ville où il n’y a pas d’espace vert, une ville avec un Vieux Port où l’on ne peut que passer mais pas rester, et après l’année européenne de la culture où la collaboration entre artistes et habitants a laissé un goût amer, la cité phocéenne n’était-elle pas le pire endroit pour réfléchir à ces questions ?

O.A. Au contraire ! Nous connaissons ces problématiques et elles se retrouvent dans bon nombre d’endroits qui ont été repérés par les organisations co-organisatrices, les « Hubs » comme nous les appelons. Nous étions au fait des interrogations et des manques qu’avait pu susciter l’année européenne de la culture. C’est pourquoi Marseille était pour nous l’endroit idéal pour organiser cet Idea Camp. Et, à ce titre, la ville a été très courageuse d’accepter d’accueillir cette manifestation.

Le Ravi: Nous sommes à quelques heures de la clôture de la manifestation. On est dans un processus collaboratif mais, puisqu’à l’issue, seule une poignée de projets vont être retenue, avec une aide financière à la clé, n’y a-t-il pas, malgré tout, de la compétition ? Et que va-t-il se passer par la suite ?

O.A. Pour ce qui est de la compétition, nous avons essayé au maximum d’éviter que ce soit le cas. Par exemple, nous avons refusé de mettre en compétition des équipes qui ne se seraient alors battues que pour une chose : la victoire sur les autres. Voilà pourquoi la démarche, durant les trois jours, est plutôt collaborative. Et même au-delà. Puisqu’effectivement, sur la cinquantaine de projets, nous n’allons en retenir que quelques-uns, avec une aide financière, notamment pour que la maturation de ces idées se poursuive. En parallèle, chaque porteur d’idée aura pu rencontrer des partenaires afin de tisser des liens et imaginer des moyens de concrétiser leurs idées. Après, au-delà, durant ces trois jours, nous avons fait en sorte que se bâtisse une communauté. Chaque porteur d’idée restera en lien avec les autres. En espérant que cela se poursuive dans le temps.

Entretien réalisé par Sébastien Boistel

 

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